Budget 2027 : la CGT met Leclerc sous pression, les syndicats imposent leur agenda à l’État
La grève du 29 septembre dans la fonction publique n’aura produit que des mobilisations molles, avec un taux de grévistes légèrement supérieur à 11% dans l’Éducation nationale et inférieur à 10% dans plusieurs autres secteurs. Mais c’est justement de ce plateau modéré que la CGT tire sa plus grande force : légitimer politiquement son pouvoir de veto auprès d’un gouvernement déjà fragilisé.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a accordé au gouvernement un délai de 48 heures pour revoir les économies envisagées dans le budget 2027, menaçant implicitement de nouvelles actions si l’exécutif refusait de plier. La dirigeante syndicale vise particulièrement le gel annoncé du point d’indice des fonctionnaires en 2027, incarnation de l’offensive gouvernementale contre les salaires du secteur public.
Un État otage de ses propres agents
Ce qu’il ne faut pas masquer, c’est que la CGT a su transformer des mobilisations insuffisantes en ultimatum politique. Ses 48 heures ne correspondent pas formellement à l’annonce d’une nouvelle date de grève, mais plutôt à un ultimatum politique pur : faites ce que nous exigeons, ou nous vous imposerons des coûts.
Cette posture révèle l’incapacité fondamentale du gouvernement à gouverner. Face à une croissance réduite à 0,5% en 2026 et des finances publiques en déliquescence, l’exécutif s’est trouvé contraint de réduire les dépenses. Mais au lieu de mener une réforme structurelle de la dépense publique, il négocie ligne par ligne avec les syndicats, perdant à chaque étape du terrain politique et financier.
Le gel du point d’indice des fonctionnaires est une mesure d’austérité mineure comparée aux déficits qu’accumule la France. Elle devrait être défendable. Or, l’absence de légitimité électorale du gouvernement, issu d’une majorité parlementaire fragile et de compromis successifs, laisse les syndicats en position de force pour imposer leurs conditions.
La vraie question que personne n’ose poser
Au-delà du bras de fer de surface, c’est toute la stratégie gouvernementale sur le budget 2027 qui s’effondre. Le gouvernement a annoncé 54 milliards d’euros d’économies présentées comme un grand plan de redressement. Mais derrière les chiffres, il s’agit principalement de jeux comptables : on taxe, on ponctionne, on reporte. Les vraies coupes budgétaires, celles qui supprimeraient des pans entiers de l’État obèse, restent impensables politiquement.
Dès lors, chaque mesure devient négociable. Les syndicats le savent. Un gouvernement qui n’a pas le courage politique de vraiment réduire la dépense publique sera toujours à la merci de ceux qui en défendent les bastions. C’est exactement ce qui se passe ici : la CGT impose son agenda, le gouvernement capitule partiellement, puis annonce de nouvelles mesures de saupoudrage fiscal ou de soutien aux secteurs favorisés.
La promesse que le gouvernement respecterait une trajectoire budgétaire à peu près crédible s’éloigne à chaque nouvelle crise. Les 54 milliards annoncés ne suffiront pas. De nouvelles pressions budgétaires surgissent déjà. Et dans quatre mois, il faudra renégocier avec les syndicats, une nouvelle fois sous la menace de grèves.
Voilà ce que devrait dire un gouvernement libéral de droite : les finances publiques sont en faillite morale parce que l’État dépense trop. Non pas pour « les pauvres » ou « les retraités », mais pour une machine administrative devenue un but en soi. Réduire la dépense publique de 20%, 30%, voire 40% ne serait pas une cruauté, mais une nécessité urgente. Or, ce gouvernement n’a ni le mandat ni le courage de le dire. Il négocie donc chaque euro de réduction avec les syndicats, comme si l’argent de l’État était une ressource sacrée à laquelle les agents publics auraient un droit inviolable.
Sophie Binet l’a compris. Ses 48 heures d’ultimatum sont l’aveu d’une victoire : un gouvernement qui craint ses propres salariés n’a pas les mains libres pour gouverner.