Manifestations du 24 octobre : l’État dépensier face à l’impasse budgétaire
Le samedi 24 octobre, près de 410 000 personnes ont manifesté en France selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon la CGT. Des heurts ont éclaté dans plusieurs grandes villes, comme Marseille, Lille et Lyon. Ce n’est pas la première vague de contestation : une semaine plus tôt, les contestations sociales du samedi 17 octobre 2026 se sont soldées par des scènes de violences et de pillages dans plusieurs villes de France, dont Paris, Lyon ou Marseille.
Mais au-delà de ces manifestations, c’est un problème structurel que révèlent ces mouvements : l’impuissance budgétaire chronique de l’État. Les Français expriment leur colère face à une politique sociale jugée insuffisante, mais un gouvernement sans majorité parlementaire ne peut satisfaire personne. Pourquoi ? Parce qu’il est à court d’argent.
La machine budgétaire s’est emballée
Au 25 octobre 2026, la dette publique de la France atteint environ 3 644 milliards d’euros, soit 119,9 % du PIB. L’endettement public devrait passer à 118,2 % du PIB en 2026, contre 115,9 % en 2025. En un an, la France a vu sa dette augmenter de plus de deux points de PIB. Cela n’est pas un détail comptable : cela signifie que chaque année supplémentaire, nous empruntons davantage pour combler le fossé entre nos recettes et nos dépenses.
Ce budget 2026 de l’État fixe la trajectoire d’une réduction du déficit public à hauteur de 5 % du PIB, après 5,4 % en 2025. Cette réduction est dérisoire. La commission des finances dit douter de la crédibilité du respect de cet objectif. Même les optimistes reconnaissent que les chiffres ne tiennent pas.
Les compromis politiques qui asphyxient
Le gouvernement Lecornu a tenté des ajustements, mais la réalité politique française empêche toute action décisive. Sous l’effet des concessions accordées au Parti socialiste, l’effort budgétaire s’est réduit par rapport aux ambitions initiales, alors que le prédécesseur prévoyait de réduire le déficit public jusqu’à 4,6 % du PIB. Les promesses initiales d’économies d’envergure n’ont pas tenu face aux pressions syndicales et politiques.
Résultat : les dépenses explosent, les syndicats imposent leurs conditions, et l’État emprunte toujours plus. Les économies prévues du côté des collectivités locales ont été revues à la baisse de 3 milliards d’euros, alors qu’une économie de 6 milliards d’euros était envisagée. Chaque tentative de maîtriser les dépenses se heurte à des obstacles politiques. Le budget 2027 ne sera pas différent : nouvel affichage d’efforts, nouvelles déceptions.
Les manifestations, symptôme d’un problème plus profond
Les manifestants réclamaient une meilleure politique sociale. Qui le leur reproche ? Mais l’État qui les écoute manque simplement de ressources financières. On ne peut pas augmenter les retraites, réduire la fiscalité sur le travail, améliorer les services publics et réduire le déficit simultanément, à moins de transformer en profondeur la machine administrative. Or, la France refuse cette transformation. Elle préfère emprunter.
Chaque manifestation révèle l’incapacité du gouvernement à dire la vérité budgétaire. La vraie cause du malaise social n’est pas une « impuissance gouvernementale » conjoncturelle, c’est une impuissance structurelle : celle d’un État qui dépense plus qu’il ne gagne, année après année. Les marchés financiers, eux, ont compris le message. La France emprunte à des taux qui remontent régulièrement, pénalisant les générations futures.
Les Français méritent une politique honnête. Celle-ci commence par reconnaître que l’État moderne français, tel qu’il fonctionne, est devenu financièrement intenable. Tant que cette vérité première ne sera pas affrontée, les manifestations se succèderont, et les gouvernements, paralysés, continueront à emprunter pour repousser les réformes nécessaires.