Déficit public : la Cour des comptes démantèle les illusions budgétaires du gouvernement

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La Cour des comptes considère que l’objectif de déficit public fixé à 5 % du PIB en 2026 reste loin d’être garanti, estimant que la dette pourrait dépasser 3 600 milliards d’euros, soit environ 118,5 % du PIB. Ce verdict lancé fin juin 2026 constitue un avertissement sans appel sur la trajectoire budgétaire de la France : l’exécutif faillit d’ores et déjà à tenir ses promesses de redressement.

Le constat est sévère. Le budget, adopté au terme d’un parcours parlementaire acrobatique, est moins ambitieux que ce qui était prévu à l’automne, constituant un compromis ayant abouti à une cible de déficit public à 5 % du PIB. Mais même cet objectif affaibli n’inspire aucune confiance aux magistrats de la rue Cambon. Des risques entourent la prévision de déficit ; en particulier, l’inflation, plus faible que prévu, pourrait peser sur les recettes.

Ce qui frappe avant tout, c’est l’ampleur du déni politique : le déficit s’explique par un écart structurel entre dépenses et recettes accumulé depuis 1974, dernière année d’excédent budgétaire, soit 52 années consécutives de déficit, ce qu’aucune autre démocratie occidentale n’a enregistré. Un record peu glorieux qui devrait avoir mobilisé depuis longtemps une véritable réforme des finances publiques. Or, rien de tel.

La dette en spirale

Le ministre de l’Économie indique que la charge de la dette devrait représenter 64 milliards d’euros en 2026, ce montant pouvant atteindre 100 milliards dans les prochaines années si les conditions de financement demeurent comparables. Une escalade dramatique. Le remboursement des intérêts constitue désormais le premier poste de dépenses du budget de l’État devant celui consacré à l’Éducation nationale hors pensions. C’est dire l’inversion des priorités : on ne finance plus l’action publique, on paie les dettes d’hier.

Pire encore, l’horizon s’assombrit. Avec une diminution de 0,4 point par an, on ne repassera sous les 3 % de déficit qu’en 2032, soit un calendrier deux fois plus long que prévu, nécessitant un ajustement budgétaire massif de 80 milliards d’euros. Un aveu d’impuissance déguisé en prévisions technocratiques. Une étude d’économistes estime à 55 % la probabilité que la dette dépasse encore 118 % du PIB en 2029.

Des choix politiques impossible

La responsabilité est clairement politique. Les gouvernements successifs ont récusé les mesures structurelles que la Cour appelle depuis des années. Les principales missions concernées par ces ajustements sont les politiques de l’emploi et de formation, notamment les crédits dédiés aux employeurs pour l’apprentissage, l’aide publique au développement ou les crédits alloués à France 2030 et au Fonds vert. Autrement dit, les investissements d’avenir sont sacrifiés sur l’autel du service de la dette et des dépenses sociales non réformées.

Les taux français sur les obligations d’État à 10 ans dépassent depuis deux ans ceux de la plupart des autres pays les plus endettés de la zone euro, s’établissant à un niveau très proche des taux exigés en Italie et en Grèce, dont le ratio de dette est pourtant supérieur. Le marché envoie un signal terrifiant : la crédibilité budgétaire française s’érode. Les investisseurs ne font déjà plus confiance à la trajectoire de redressement.

Pendant ce temps, le Sénat a adopté le 3 juillet 2026 un projet de loi d’urgence agricole réintroduisant le recours à certains pesticides et assouplissant les conditions de stockage de l’eau, modifications qui ont provoqué la colère de la gauche et qui menacent désormais l’adoption définitive du texte. Les débats parlementaires se figent sur des enjeux sectoriels tandis que le cœur du problème, une dépense publique structurellement incontrôlable, reste intouché.

La Cour des comptes est explicite : “Le temps n’est plus aux ajustements différés”, avertit Carine Camby. Mais l’exécutif, avec sa majorité fragmentée et son horizon politique réduit à la présidentielle de 2027, n’a visiblement ni la volonté ni la capacité d’affronter l’impératif budgétaire. Les promesses de 2026 vont rejoindre le cimetière des bonnes intentions. Et pendant ce temps, chaque seconde, la dette augmente de 5 000 euros.