Macron et le mirage des milliards : quand Paris dépense 1 milliard en prestige pendant que le budget s’effondre

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La France et la Corée du Sud vont investir un milliard d’euros dans les cinq prochaines années pour soutenir la filière de l’image, a affirmé le président Emmanuel Macron en ouvrant à Saint-Paul-de-Vence le sommet international Lumière. Un geste spectaculaire au moment même où l’État français sombre dans une crise budgétaire sans précédent, où le ministre de l’Économie et des Finances a souligné qu’il y avait un « trou d’air spécifique à l’économie française », et Bercy n’anticipe plus qu’une progression de 0,5 % du PIB cette année.

Les apparences contre la réalité

Le contraste est saisissant : le gouvernement, après avoir révélé que la croissance serait réduite de moitié par rapport aux prévisions, lance un plan de prestige à destination du secteur culturel, historiquement l’une des grandes mamelles du train de vie parisien. Cette décision illustre un problème structurel de la gouvernance française depuis des années : la capacité à sacrifier les réformes difficiles au bénéfice de symboles et de grands projets internationaux.

Certes, on peut argumenter que le cinéma et les technologies de l’image constituent un secteur stratégique, un domaine où la France entend rivaliser avec les géants numériques. Mais le timing politique révèle une réalité moins reluisante. Pendant que les gouvernements successifs se rassurent en signant des accords bilatéraux et des engagements diplomatiques, la fiscalité du pays s’effrite, le déficit se creuse, et les petites entreprises étouffent sous les nouvelles régulations. Cette dichotomie entre les grands appels du pied à l’international et la paralysie domestique finit par transformer la France en spectateur de sa propre décadence économique.

La rigueur à deux vitesses

Ce n’est pas une question de renier la culture ou l’innovation. C’est une question d’ordre et de priorités. Lorsque l’État dépense des ressources publiques en milliards pour soutenir une filière dont les enjeux de rentabilité ne sont pas clairs, pendant que le budget 2027 accumule les dérapages et que la croissance s’effondre, il envoie un signal aux Français : la rigueur budgétaire ne s’applique pas à tout le monde. Elle s’applique aux arrêts maladie, aux crédits fiscaux pour les PME, aux petites aides sociales. Mais pour les grands projets de prestige signés avec la Corée du Sud ? Là, les vannes restent ouvertes.

La rigueur d’abord

Le vrai problème n’est pas que Macron rêve grand. C’est qu’il rêve grand sans renforcer les fondations. Un État qui s’appauvrit progressivement n’a pas le luxe de jouer les mécènes de la civilisation. Il doit d’abord assainir son bilan, réduire ses prélèvements, déréglementer son économie étouffée, et laisser les entreprises et les citoyens respirer. Tant que ce préalable n’est pas respecté, chaque nouveau milliard engagé en accord international ressemble à une paille face au gouffre budgétaire, ou pire, à un détournement de ressources dont l’économie réelle aurait cruellement besoin.

Les élections sénatoriales qui approchent à la fin du mois offriront peut-être une occasion de débat sur cette dérive. Encore faudrait-il que le message passe : la France ne manque pas de rêves. Elle manque de ressources pour les financer, et d’une vision cohérente pour en sortir.