Budget 2027 : les 54 milliards de Lecornu ne suffiront pas face à une dette française qui devient ingérable

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Sébastien Lecornu a présenté jeudi les grandes lignes d’un budget pour 2027 qu’il veut « offensif » avec un « effort » d’économies sans guère de précédent de 54 milliards d’euros. Le chiffre impressionne sur le papier, mais il masque une réalité bien moins rassurante : la France continue de gérer les symptômes plutôt que le mal profond. Le gouvernement reste piégé dans un cycle infernal où chaque annonce de redressement se révèle insuffisante face à l’ampleur des déficits.

Trois jours avant cette présentation, le gouvernement français avait abaissé pour la troisième fois cette année sa prévision de croissance pour 2026, à 0,5%, en tablant sur un rebond incertain à 1% l’an prochain. Cette révision à la baisse successive révèle l’impuissance politique face aux réalités économiques. La France enregistre un décrochage économique face à ses voisins européens comme l’Espagne ou l’Allemagne. La croissance française serait « trois fois moins » importante que celle de la zone euro ou du Royaume-Uni.

L’arithmétique creuse des déficits

Même en acceptant les promesses du gouvernement, les chiffres restent désastreux. Le déficit en 2026 a déjà dérapé à 5,4%, au lieu des 5% espérés, selon Bercy. Si le Parlement « endosse » ce « plan de redressement » qui sera présenté en Conseil des ministres le 1er octobre, la cible d’un déficit à 5% du PIB sera « atteinte » pour 2027, assure le Premier ministre. Atteindre 5% en 2027 revient à reconnaître que l’objectif de moins de 3% fixé par les règles européennes n’est plus qu’un horizon lointain.

À titre de comparaison, la dette nationale française court actuellement à 114% du produit intérieur brut, le troisième plus haut niveau dans l’Union européenne après la Grèce et l’Italie. Lecornu prétend l’inverse, mais sans réforme structurelle de la dépense publique, chaque année d’ajustement marginal creuse simplement davantage le fossé.

Sans mesures d’économies, « le déficit 2027 tutoierait les 6,5% du PIB », prévient M. Lecornu, alors que la charge de la dette sera alourdie l’an prochain de « 10 milliards d’euros ». Ce double écrasement par le service de la dette laisse peu de marge de manœuvre : chaque euro emprunté pour financer la dette entrave la capacité à investir ou à réduire les prélèvements obligatoires.

Une impasse parlementaire insurmontable

La gauche et la CGT ont immédiatement exprimé leur réprobation, voire leur colère. Cette réaction était attendue, mais elle révèle le vrai problème : aucune majorité n’existe au Parlement pour valider un redressement véritablement rigoureux. Les Socialistes veulent une taxe sur la fortune de 2% en 2026, ce qui rend la survie politique de Lecornu dépendante d’une mesure qui a un fort soutien public mais aliène les conservateurs.

Lecornu jongle entre des contraintes incompatibles : satisfaire la gauche sans braquer les centristes, réduire les déficits sans déclencher la rue, maintenir la croissance dans un contexte européen dégradé. Cette équation n’a pas de solution politique. Le gouvernement présentera donc un budget de compromis boiteux, où chacun pourra plaider qu’on n’a pas osé agir vraiment.

La fuite en avant continue

Les 54 milliards d’euros promis restent pour partie flous. Lecornu laisse au Parlement le soin de trancher certaines mesures comme celles, sensibles, concernant les retraités, ce qui signifie que les vrais arbitrages seront renvoyés à plus tard ou déchirés dans les tumultes parlementaires.

Ce qui manque cruellement, c’est une vision claire de réduction de l’État. Le vieillissement de la population impacte les comptes sociaux, et sans refontes profondes des dispositifs d’allocation, le France ne sortira jamais de cette spirale d’endettement. Les « mesures d’économies » gouvernementales ressemblent à des ajustements comptables plutôt qu’à des choix politiques courageux visant à transformer le rapport entre le secteur public et le citoyen.

Le budget 2027 que Lecornu présentera le 1er octobre sera donc celui d’un gouvernement minoritaire cherchant à ne pas chavirer politiquement avant la prochaine échéance électorale. Ce n’est pas un redressement budgétaire, c’est une survie à court terme. La France en paiera le prix longtemps.